Langage épicène et esperanto

48 minutes

Un petit article pour résumer les questions de langage épicène en esperanto.

Et un nouvel article sur l'esperanto, un ! J’aimerais ici parler dans le contexte de l’esperanto d’un sujet qui m’intéresse souvent pas mal : le langage épicène. La question de comment diminuer l’impact du genre dans la langue de tout les jours est un sujet qui m’intéresse beaucoup (notamment en tant que personne non-binaire).

L’esperanto a une histoire un peu riche sur ce sujet, et nous allons voir ça.

Note : Cet article est en français et pas en esperanto parce que je n’ai pas encore le niveau d’écrire un article de cette ampleur en esperanto… et que le but est aussi de faire découvrir un peu ce sujet.

Contexte

L’esperanto est une langue construite, qui date d’il y a ~150 ans, et dont je vais pas refaire tout l’historique. C’est plus pour dire qu’elle a été faite dans un contexte où le monde était encore plus sexiste que maintenant, et ou du coup l’idée d’une prévalence de l’homme était omniprésente.

Si l’esperanto n’a pas de genre grammaticale (pas de un/une à gérer, par exemple, le seul détermina sera “la”, “la kato” voulant dire le chat mais sans notion de masculin), les notions de genre existent à deux endroits de la langue :

  • Les pronoms personnels à la troisième personne : li, ŝi, ĝi étant respectivement il, elle, et un équivalent du it anglais.
  • Une 20aine~30aine de racine on un sens masculin par défaut, et leur variante féminine utilisera un suffixe, genre la patro = le père ; la patrino = la mère. Généralement alors, pour parler des deux genre à la fois, on rajoutera ge- avant “gepatroj” pour “mes parents”.

Dans ce dernier cas, c’est globalement composé uniquement des titres de noblesses et des liens familiaux Au début, le masculin par défaut était la norme pour les noms communs, mais très rapidement les noms de métier et les noms d’animaux sont passé au neutre par défaut, et seuls quelques mots sont encore au masculin par défaut.

Le soucis

Bon le premier soucis est qu’on retourne au truc classique de “le féminin dérive du masculin”, et du masculin par défaut, comme vu avec l’exemple de patro/patrino par défaut. On se retrouve dans la même situation qu’en français avec cousin/cousine (en un poil mieux parce que ça concerne moins de mot, et que y’a un préfixe pour dire explicitement “de tout genre”)

Mais cela donne un autre aspect, c’est que c’est je trouve plus simple de parler de quelque chose de féminin que de masculin. Pour reprendre l’exemple vu sur romanizco, « lupino » veut dire louve, et loup mâle on dira « virolupo » (viro = homme - au sens masculin). C’est pas très élégant, et cela peut faire penser à loup-garou, comme dit dans l’article.

De même, pour utiliser du neutre au singulier sur genre patro, ce qui est parfois fait est utiliser le préfixe ge-, comme dans gepatroj au pluriel (qui veut dire “père et mère” en gros), mais cela ne corrige pas le soucis de base pour moi.

C’est un soucis qui n’est pas nouveau, puisqu’il a été remarqué dès le début du XXe siècle lors de la création de l’Ido, un esperantido (langue dérivée de l’esperanto), qui parmis ses nombreux changement utilise des mots neutres par défauts (sauf quatre mots: patro/matro pour père et mère, et viro/muliero pour homme et femmes).

Mais il y a aussi eut des propositions en esperanto, et nous allons regarder comment fonctionne le langage épicène esperanto contemporain.

iĉisme

L’icîsme est l’idée d’ajouter un second suffixe de genrage -iĉ-, qui serait le parallèle de -in-. J’aime bien cette solution parce qu’elle est élégante. Cela donnerait, par exemple avec kato (chat) :

  • Kato = chat⋅te
  • Katino = chatte
  • Katiĉo = chat male

Le choix de la lettre “ĉ” pour remplacer le “n” provient des diminutifs affectueux, qui sont en -nj- au féminin, et -ĉj- au masculin (paĉjo et panjo).

Cela évite les soucis avec le fait d’utiliser vir- pour ça, et ferait un parallélisme appréciable. A noter qu’en Ido, c’est la racine -ul- qui est utilisé, mais elle a déjà un sens en esperanto (et je trouve que le parallèle -iĉ- et -in- est plus élégant).

La question des racines

Cependant, cela cause une nouvelle question : que faire pour les racines masculines existantes. Trois grandes propositions existent :

  • Les rendre neutre
  • Rajouter des racines féminines (tel que matro pour remplacer Patrino, emprunt de l’Ido une langue dérivée de l’esperanto)
  • Rajouter des racines neutres (tel que parento pour patro/patrino)

Plusieurs articles notamment propose des listes de racines neutre et/ou féminines, que je vais reprendre ci dessous :

Rendre les racines existantes neutre

Cette première proposition a provoqué pas mal de remou, parce que du coup cela voudrait dire changer le sens de pas mal de racine inventée. En effet, la langue ayant 150 ans, cela voudrait dire que pas mal de texte perdrait en sens, quand elles utilisent ces racines.

Cela dit, en fait c’est pas nouveau : comme dit plus haut et dans l’article de romanizco déjà cité, il y a déjà eut des changements de sens des racines, pour les noms de métier et les noms d’animaux. Le fait que l’esperanto puisse changer n’est donc pas quelque chose de nouveau. Même, pour certains mots, c’est sans doute déjà en train de se passer. Genre Comte qui se dit Grafo, je serais pas surpris que des gens ignorent que c’est du masculin.

Cependant pour certains mots, rendre la racine neutre serait par contre je pense un plus gros changement de sens. Si passer de “père” à “parent” est un changement pas si énorme pour moi, passer de “homme” (au sens homme masculin, pas humain, vive le français pour les complexité du genre) à “personne adulte” me semble perdre le “coeur” du sens du mot (dans viro, le masculin fait partie du sens. D’ailleurs, en ido, viro fait parti des mots restant masculin.)

Pour ma part, je pense que cependant, le soucis de “compatibilité” est trop fort, et il pose aussi trop de soucis “sociaux” (c’est plus difficile de soutenir “on va changer le sens de mots” que “on va rajouter des mots”, l’esperanto ajoutant déjà pas mal de mots). Cependant, je pense que pour certains noms (genre les titres de noblesses), ça finira par arriver.

Rajouter des racines féminines

Une autre proposition est d’apporter des racines féminines. Il existe déjà quelques noms sémantiquement féminin comme damo, pour la Reine aux échec/cartes, et pour signifier le titre de “Dame”.

De plus, quelques néologismes sont parfois utiliser en esperanto comme nom féminin : femino (pour femme), et Matro (pour mère). Femino est notamment dérivé de feminismo et feministo, construit en retirant le suffix -isto/-ismo pour avoir femino, femme. Du coup ce mot utilise les règles de construction habituelle de l’esperanto. Parfois femo est utilisé, en retirant le féminin -in-. De son côté, matro est un emprunt de l’Ido, qui possède un duo matro/patro (et genitoro pour parent).

Il y a plus de proposition, et on les retrouve notamment dans Seksa egaligo en la lingvo. Les propositions sont les suivantes (entre autre), mais celle-ci ne sont pas fortement utilisée our présentes à ma connaissance :

  • Grand-Mère -> Avjo (à la place de avino)
  • Soeur -> Ŝestro (à la place de fratino)
  • Fille (féminin de fils ici) -> Dotro (à la place de filino)
  • Petite-Fille -> Nieto (à la place de Nepino)
  • Tente -> Aŭnto (à la place de Onklino)
  • Niece -> Nico (à la place de Nevino)
  • Célibataire -> Nubilo (à la place de Fraŭlino)
  • Fiancée -> Brajdo (à la place de Fianĉino)
  • Épouse -> Vifo (à la place d’edzino)
  • Veuve -> Vidovo (à la place de vidvino)

Pour certains termes je trouve qu’avoir des notions féminine peuvent être particulièrement intéressant, genre femo ou femino, et certains comme ŝestro peuvent être important pour parler de sororité par exemple.

D’autres je suis plus dubitatif à une utilité d’une existence propre hors d’un nom neutre qui pourrait passer au masculin et féminin via suffixe, notamment toutes celles dérivés du mot masculin. Après, ces mots peuvent potentiellement garder une utilité pour parler de certains concepts, ou comme utilisation pour des femmes (en tant que non-binaire, je suis certainement biaisé⋅e envers l’idée d’utiliser du neutre).

Autres transformations de préfixes

D'autres transformations de préfixes ont été proposée, et son étudiée dans l'article Komparo inter dek sistemoj por seksneŭtralaj parencovortoj :

  • Le système go- qui rajouterait le nouveau préfixe go- pour passer au neutre une racine (gopatro, gofianĉo)
  • Le système e, qui rajouterait un suffixe -e en fin de mot pour le passer au neutre (patreo, fianĉeo)
  • Le système -ul- qui utiliserait le suffixe -ul- (signifiant "personne dont la propriété est") pour passer au neutre (patrulo, fianĉulo)
  • Le système -um- qui utiliserait le suffixe -um- (qui est le suffixe "indéfini", un peu joker) pour passer au neutre (patrumo, fianĉumo)
  • Le système ri- qui rajotuerait un préfixe ri- (comme un des pronom neutres) pour passer au neutre (ripatro, rifianĉo)
  • Le système combinatoire, qui combinerait des petits éléments pour former des noms neutres.

La plupars de ces systèmes sont bien moins utilisé, donc je n'en parlerais pas plus en détail dans cet articles (tout comme je ne parlerais pas de toutes les petites propositions de pronoms neutres)

Rajouter des racines neutres

Evidemment, un pendant de la proposition précédante est l’ajout de racine neutre. Il existe déjà des racine neutres en esperanto pouvant être utilisée dans des contextes où on en utiliserait des masculine, où il est possible de créer des mots à partir des règles basiques de l’esperanto :

Nom en fr Tradition Alternative(s) épicène(s)
Homme/Femme vir(in)o homo, adolto, persono, plenkreskulo (adulte)
Garçon/Fille knab(in)o infano
Gamin, Gosse Bubo fiinfano, petolinfano
Roi/Reine reĝ(in)o monarko
Abbé abato klostrestro
Moine monaĥo klostrano

A côté de cela, des emprunts et des alternatives commencent déjà à exister et être attesté dans le Reta Vortaro (le dictionnaire en ligne d'esperanto) :

  • Parento pour patr(in)o, parent
  • Spozo pour edz(in)o, époux/e
  • Sibo pour frat(in)o, frère/soeur

Mais aussi nepoto dérivé de nepotismo en retirant le -ism pour désigner les petits enfants (le népotisme étant quand on aventage les descendants, y’a une logique sémantique), et sibo attesté dans plusieurs traductions. En autre emprunts à l’Ido qui revient régulièrement, il y a puero pour remplacer Knabo, ou sioro pour remplacer sinjoro.

Globalement, ces propositions sont divisées en deux types de systèmes :

  • Le système j, rajoutant la lettre j dans les mots pour créer les racines neutres
  • Le “parentisme” visant à reprendre les mots de langue (comme parento -> parent) pour créer les racines neutres

En plus de cela, pour certains mots, il y a la possibilité d’utiliser des dérivés de mots existant en ajoutant des affixes.

Nous allons donc voir les deux propositions, voir ce que cela donne.

Système J

Le système-j est un système visant à créer des nouvelles racines à partir de celles existantes, pour créer des dérivés neutres. Il est parfois combiné avec le riisme et l’iĉisme, pour former le J-riismo, une réforme “complète”.

Il se base sur les radicaux existant afin de rendre les nouveaux mots plus simple à comprendre pour des esperantistes. On peut limite se dire que les mots précédant ressembleront à des formes anciennes, après ça.

Les règles sont les suivantes :

  • On ajoute un « j » après la première voyelle du radical.
  • Si la première voyelle est « i », elle est remplacée par « ej ».
  • Si la première voyelle est suivie de « ŭ » ou de « r » dans la même syllabe, ce « ŭ » ou ce « r » est remplacé par « j ».

Cela donne les mots suivant :

Nom en fr Nom masculin Proposition(s) épicène(s)
Homme/Femme viro vejro
Garçon/Fille knabo knajbo
Gamin/Gosse bubo bujbo
Monsieur/Madame Sinjoro sejnjoro
Père/Mère Patro Pajtro
Grand-Parent Avo Ajvo
Fils/Fille Filo Fejlo
Petit-enfant Nepo Nejpo
Frère/Soeur Frato Frajto
Époux/e Edzo Ejdso
Fiancé/e Fianĉo Fejanĉo
Veuf/veuve Vidvo Vejdvo
Célibataire (nom) Fraŭlo Frajlo
Oncle Onklo Ojnklo
Neveu Nevo Nejvo
Cousin Kuzo Kujzo
Comte Grafo Grajfo
Prince/sse Princo Prejnco
Roi/Reine Reĝo Rejĝo
Abbé Abato Ajbato
Moine Monaĥo Mojnaĥo

En terme d’aventage et d’inconveniant, je trouve qu’elle a l’immense aventage d’offrir des mots reconnaissable et proche des originaux. De plus, le fait qu’elle ai un set de règle stricte rend ça plus simple à apprendre également, et évite de rajouter toute une liste de termes. Cependant, certains mots sont COMPLIQUÉS à lire/prononcer. Ojnklo étant un des pires pour moi, ainsi qu’ejdzo.

Donc je pense que c’est un choix intéressant, mais pas forcément celui que je prendrais.

Parentisme

Le parentisme (parentismo) en esperanto est une expression désignant le fait de vouloir ajouter des bases neutres fondés sur des mots d’autres langues, tel que le désormais pas mal accepté parento pour patro.

Certains de ces mots sont les emprunts de l’Ido dont j’ai parlé plus haut, mais il y a aussi une volonté de puiser dans des racines plus diversifiées, notamment de langues non-indoeuropéenne. Il y a beaucoup de propositions dans pas mal de langues, rien que la page vikipedio et les différents articles que j’ai mis sont différentes propositions ! Limite faudrait faire un vote sur les préféré, où voir celles qui passent dans l’usage comme commencent parento et spozo.

Ici, dans ce tableau je vais surtout me baser sur les deux propositions présentes dans l’articles Survoje al sekse neŭtralaj kaj egalecaj esprimoj: Komparo inter la J-sistemo kaj parentismo de Markos Kramer, Kirilo Brosch, Luko Cerante et Robin van der Vliet.

Ces deux propositions sont les suivantes

  • Le parentisme internationale vise à aller chercher des mots dans les langues qui conviennent. Il met notamment en avant le fait d’aller toucher plus de langue, ce que j’aime beaucoup.
  • Le parentisme facilitant la transition vise à utiliser des mots proche de ceux existant pour simplifier le passage aux nouvelles racines, tentant d’être une sorte de pont entre le parentisme et le système J.

Voici donc ce que donne les deux propositions. Quand le mot est le même, je ne le met que dans celui international. Je ne met pas non plus les noms repris de l’esperanto. Entre parenthèse, je met la langue d’origine.

Nom en fr Tradition Parentisme International Parentisme simplifiant
Garçon/Fille knab(in)o kido (en)
Monsieur/Madame sinjor(in)o sioro (ido)
Père/Mère patr(in)o parento (fr/en)
Grand-Parent av(in)o avuo (es/pt/galicien)
Fils/Fille fil(in)o anako (indonesien) fizo (sarde/fr)
Petit-enfant Nepo nepoto (it/latin/pt/bengale/hindi/esperanto: nepotismo)
Frère/Soeur frat(in)o sahodo (hindi/bengale)
Époux/e edzo eŝo (turque)
Célibataire (nom) fraŭl(in)o neeŝo (dérivé de eŝo)
Fiancé/e fianĉ(in)o fianceo (en/fr)
Veuf/veuve vidv(in)o viduo (latin/catalan/hindi/es/en)
Oncle onkl(in)o ĉaĉo (hindi/bengale) ontio (en/es/fr/de/pt/esperanto: oncjo/onjo)
Neveu nev(in)o nievo (fr/en/de)
Cousin kuz(in)o kuzeno (fr/en)
Comte graf(in)o komto (ido/fr/en/es/pt) grofo (hongrois/serbe/slovene/roumain)
Prince/sse princ(in)o prenso (turque/fr)
Roi/Reine reĝ(in)o rojalo (en/fr/espernato: rojalismo) rejĝo (es/it/catalan/systeme-j)
Duc(hesse) duk(in)o duĉo (en/fr)
Marquis(e) markiz(in)o markeso (es/pt)
Baron(ne) baron(in)o baruno (hongrois/sicilien/estoniens)
Abbé Abato abado (es/pt)
Moine monaĥo monĥo (es/de/en)
Moine monaĥo monĥo (es/de/en)

J’ai une préférence pour le parentisme au système J, et particulièrement pour celui visant à être internationaliste.

Mon choix

Pour ma part, voici je pense les règles que je vais me poser pour choisir un mot neutre pour remplacer une racine traditionnellement masculine :

  1. Je prend une alternative en esperanto, si elle existe, ou si elle est attesté dans un dictionnaire un peu connu (genre le Reta Vortaro).
  2. Je dérive une alternative construite à partir d’un mot existant en esperanto (femino de feminismo)
  3. J’utilise un mot dérivé d’une autre racine (genre nespozo, etc)
  4. J’utilise le mot venant du parentisme
  5. Si y'a un mot différent dans les deux parentisme, je garde en variante celui international, histoire de conserver la diversité qu'il apporte (dans mes textes, cela sera utilisé pour varier les mots)

Dans certains cas j’ai choisi d’en avoir deux, quand je trouve qu’ils créer une distinction sémantique. J’ai mis en gras les mots masculin que j’utilise encore, et qui ont tous deux un équivalent féminin.

Voici donc mon tableau de mots. Tout ceci n'est que mon utilisation, et n'a pas de valeur prescriptiviste.

Nom en fr Tradition / Masculin Neutre Féminin
Homme/Femme viro homo, adolto, persono, plenkreskulo (adulte) Femino
Garçon/Fille knab(in)o infano, kido
Gamin, Gosse bub(in)o fiinfano, petolinfano, kidaĉo
Monsieur/Madame sinjor(in)o sioro
Père/Mère patro parento matro
Grand-Parent av(in)o avuo
Fils/Fille fil(in)o fizo, anako
Petit-enfant Nepo nepoto
Frère/Soeur frat(in)o sibo
Époux/e edzo spozo
Célibataire (nom) fraŭl(in)o nespozo
Fiancé/e fianĉ(in)o spoziĝonto
Veuf/veuve vidv(in)o viduo
Oncle onkl(in)o ontio, ĉaĉo
Neveu nev(in)o nievo
Cousin kuz(in)o kuzeno
Comte graf(in)o grofo, komto
Prince/sse princ(in)o prenso
Roi/Reine reĝ(in)o monarko (plus générique), rejĝo, rojalo
Duc(hesse) duk(in)o duĉo
Marquis(e) markiz(in)o markeso
Baron(ne) baron(in)o baruno
Abbé Abato klostrestro
Moine monaĥo klostrano

En gros, je fais du parentisme avec une précédance donnée à l’usage déjà établi.

A noter que j’ai pas mis tout mes préféré. Dans une version précédente avant de faire cet article, j'avais gardé sahodo avant de voir que sibo était attesté dans le Reta Vortaro. J'aurais à titre personnel une préférance à viser à avoir le plus de mot non-indoeuropéen possible, mais j'essaie de me caler au possible avec ceux un peu utilisé. Au début, je préférait utiliser les mots du parentisme international, mais dans les faits je pense que malgré la présence internationale de l'esperanto, celui fondé sur la ressemblance risque d'être plus présente, puisque plus simple/proche, et permettant souvent les mêmes diminutifs, ce qui leur fait gagner en simplicité. 

Je pense qu'à la longue, cette liste va se stabiliser. Certains sont presque sûr de rester (parento, spozo, sont déjà pas mal attesté), et d'autres seront compris rapidement parce que se basant sur les règles habituelles de la langue. Petit à petit, les personnes parlant au neutre vont converger vers des mots, donnant une liste de vocabulaire usuel. Par exemple, je pense que les racines utilisée par Edmund Grimley Evans ont des chances de rester, puisqu'elles sont utilisées en pratique dans ses traductions. A noter que pour certains mots, il décide de les considérer comme neutre.

Parler du genre neutre

Maintenant en plus de cela, j’aimerais parler d’une dernière proposition, le riisme, ainsi qu’un⋅e cousin⋅e à ellui, l’utilisation du suffix -ip-.

Pour -ip-, le concept est assez simple, c’est tout comme l’iĉisme permettrait de construire le masculin à partir de racine neutre, l’ipisme lui désignerait explicitement une neutralité de genre. Fil(j)o = Fils/Fille, Fil(j)iĉo = Fils, Fil(j)ino = Fille, Fil(j)ipo serait un fils/fille n’entrant pas dans la binarité de genre. L’ipisme ajoute aussi un suffixe affectueux (comme -nj- et -ĉj-) avec -pj-. Par exemple “amipjo”.

Ri lui est un pronom masculin neutre, n’ayant pas le bagage contrairement au ĝi d’être relié au it anglais, et du coup de designer les objets pour beaucoup de gens. A noter qu’il y a un débat sur ce sujet, puisque pour pas mal d’esperantiste le ĝi est utilisable aussi quand le genre n’est pas connu.  Une proposition qui mélange les deux serait d'utiliser ĝi quand le genre n'est pas connu ou sans importance, et de faire de ri (comme pour -ip-) un pur pronom et concept non-binaire. Cependant, cela semble vraiment critiqué par l'idée que le ĝi serait péjoratif sur une personne humaine. C'est un sujet à débat.

Il existe aussi l'hiisme, qui propose de passer li en pronom neutre et d'ajouter hi pour le masculin, mais perso je trouve que cela contredit trop les fondamentaux, et change le sens des textes existant, donc je préfère le ĝiisme avec ri en pronom neutre ajouté. Une autre possibilité souvent faite est d'utiliser le mot tiu du tablovorto (table des mots), qui veut dire "cette personne", qui est neutre par défaut.

Selon l'étude La efektiva uzado de seksneŭtralaj pronomoj laŭ empiria esplorstudo, de Markos Kramer, de ces alternatives c'est pour les personnes non-binaire ri qui est majoritairement utilisé, tandis que pour les personnes dont le genre n'est pas spécificé c'est surtout "tiu" qui est utilisé, mais ri est de plus en plus utilisé. Ici, on peut voir que les chiffres contredisent l'idée qu'un un usage de ri qui ne serait que pour les personnes non-binaires. Cet article remarque aussi que l'utilisation du ri est en augmentation, et que cela ne va sans doute pas s'arrêter, et l'article prédit que cela pourrait potentiellement devenir un usage important, ce qui pourrait l'aider à prendre à l'avenir un rôle officiel.

De mon côté, ri est le pronom que j’utilise en esperanto pour moi-même, et que j'utilise comme équivalent de iel et du they singulier.

Conclusion

Un des points que je tiens à dire est que les soucis de “sexisme de la langue” sont en Esperanto bien moins fort que dans pas mal d’autre langue, je trouve, même s'il y a des points a améliorer comme dit plus haut. Le soucis principal (le fait que certaines racines portent le masculin par défaut) est un soucis que l’on retrouve dans toutes les langues occidentales en généralement bien plus présent, et créer un langage épicène en esperanto est bien plus simple qu’en français, par exemple.

Je suis aussi assez impressionné⋅e de voir tout le travaille de réflexion qui a été fait par les gens tout autour de ça. Si tout cela à un caractère non-officiel, je vois de plus en plus de gens qui s’y intéresse, et c’est cool ! Et je pense que c’est important de se rappeller que l’esperanto est désormais une langue vivante, et que du coup c’est par l’usage qu’on peut changer des choses ! Perso, je vais utiliser suffixes pour le masculins et le neutre, et le pronom ri (qui est mon pronom en esperanto). Pour les nouvelles racines, ça dépendra des cas, parce que cela peut aussi causer des confusions potentiellement.

Du coup, pour ma part, je suis riiste+ĝiiste, iĉiste, et j’utilise du parentisme pour le choix des racines neutres. A noter que mon choix cependant n’est pas fixé. Par exemple j’adore anako pour fils/fille, mais si c’est pas du tout utilisé, j’utiliserais celui le plus utilisé par mes adelphes. Je vais également utilisé femino pour femme, ainsi que de temps en temps matro. Certains de ces mots sont déjà adopté fortement : spozo et parento par exemple existent déjà de fait chez de nombreux⋅e locuteur⋅ices de l’esperanto. A noter qu'un prochain sondage est prévu pour tenter d'unifier le système d'emprunt, ce qui pourra être intéressant à voir (mais c'était prévu y'a quatre ans)

A noter que mes choix fait dans cet article ont été fait pour respecter les règles du fundamento, pour tenter d'avoir du langage neutre sans changer fondamentalement la langue. C'est je pense un des aspects important : éviter toute différence de sens entre l'utilisation traditionnelle de l'esperanto, et l'esperanto épicène.