J’ai souvent parlé un peu de web indépendant, de “small web”, et de web revival. Cependant, au fond, je n’ai jamais pleinement expliqué ces notions, et j’aimerais le faire un peu dans cet article.
L’idée de cet article est double :
- Permettre de mieux comprendre ce qu'est ce “mouvement”, d’où il vient et où il va.
- Faire un tour d’horizon des différents mouvements qui le composent.
Cet article est un peu inspiré de celui du melonland wiki et de l’article de melon, d’où je vais reprendre quelques informations. Je référencerai sans doute le long de cet article d’autres articles qui seront en liens.
Bon du coup, c'est quoi ?
Ce qu’on appelle “web revival” est un ensemble de mouvements se rejoignant sur l’idée de recréer un web riche et pleins de sites différents les uns des autres, à la différence des grandes plateformes centralisatrice tels que les gros réseaux sociaux. Il est souvent fait face à des constats, des soucis sur ces réseaux, et peut être fait de nostalgie ou d’une envie de retrouver de la diversité sur internet. On peut le lier au concept de redécentralisation d’internet même si ce dernier a été fortement miné (ahah) par les cryptomonnaies.
Le web revival est composé de plusieurs mouvements et subcultures, ainsi que de groupes plus ou moins organisés. Cependant, tous ensembles, je trouve qu’ils ramènent à un aspect commun : vouloir remettre en avant le web plus que quelques grosses plateformes qui contrôleraient toute l’expérience et centraliseraient toute la donnée. Il y a généralement aussi un rejet ou tout du moins une critique de là où les grosses plateformes et les techbros veulent amener le web : NFTs, crypto, IA, sites extrêmement lourds, etc.
Ensuite, pour la forme exacte que revêtent lesdits sites, cela peut être très différent suivant le mouvement exact, où même les communautés où on se trouve.
Quelques mouvements
Comme indiqué précédemment, le “web revival” n’est pas vraiment qu’un seul mouvement, c’est tout un ensemble de mouvement qui peuvent se croiser plus ou moins.
- Le web préservé et/ou nostalgique visant à recréer et préserver des anciens sites, jeux en lignes ou services qui ont disparu. Cette partie du web est parfois appellé le “web 1.5”
- Le wild web vise à ramener des sites plus chaotiques, dont le style peut changer suivant les pages, ou on peut tout trouver. On peut rapprocher cela de site visant des aspects plus poétiques (souvent nommé des “jardins”).
- Le web indépendant ou web personnel vise à créer des sites personnels, parfois interopérable via les normes proposées par le groupe IndieWeb, mais souvent visant à être un espace d’expression personnelle.
- La nouvelle blogosphère vise à ramener l’utilisation de blogs pour communiquer, par rapport aux réseaux sociaux. Il y a souvent une proximité avec le web personnel, mais avec une emphase sur le format du blog face au microblogue
- Le petit web (small web, etc) vise à avoir des sites plus minimalistes, moins lourd à charger (souvent avec une critique des gros frameworks web). Il y a souvent de tourner sur des machines moins puissante et une question écologique et social dans cette vision du web.
- Le fedivers, ou en général les réseaux sociaux fédérés (parce qu’en plus du fedivers il existe Movim se fédérant via XMPP et Diaspora* qui a son propre protocole) visent à garder une partie de la forme des réseaux sociaux, mais avec une approche plus ouverte, formant de plus petites communautés.
Cette liste est inspirée de la liste présente dans l’article Intro to the Web Revival #1: What is the Web Revival?, à laquelle j’ai rajouté quelques groupes me semblant lié à sujet et que j’ai un peu remixé à ma manière.
La liste y mélange aussi un peu des plateformes, et personnellement, je trouve les deux sujets un peu différent d’où le fait de ne pas mettre les plateformes ici. Même si certaines ont leur propres cultures, par exemple entre Néocities (et son explosion de sites haut en couleur et avec des designs assez différents de la norme) et un site de blog minimaliste, on aura des cultures très différentes.
J’ai déjà un peu parlé des plateforme dans mes articles “quelques hébergeurs alternatifs” et “Les micro-réseaux sociaux”
Pourquoi ?
Même si on peut s’en douter pas mal, le but autour de tout cela, autour d’un renouveau du web est à la fois un mécontentement de l’état actuel du web (d’où la différence avec les réseaux sociaux centralisée), à la fois sur le contrôle qu’on a des données, de la personnalisation, mais sur son état “global” et ce qu’il nous fait.
Les raisons exactes sont différentes suivant les groupes dont on a parlé plus haut. Cela peut être de la nostalgie des esthétiques ou des applications du “web 1.5”, voir un rejet des esthétiques “flat design”, souvent considéré comme “ennuyante” et “sans créativité” (dit-il dans un site flat design). Pour le fedivers ou le web indépendant/personnel, y’aura beaucoup une envie de décentralisation, de ne pas être dépendant d’une grosse corporation, ou une critique des nombreux soucis de toxicité de ces plateformes. Une critique des algorithmes, une critique de comment l’IA se retrouve partout. En effet, un web fait de sites gérés par des personnes est une bonne alternative à la slopification du web. Et aussi, pour beaucoup, c’est qu’on aime faire des sites ou les mettre à jour, mais aussi en découvrir. Le web revival, c’est le retour d’un web fun.
C’est un moyen de s’éloigner du Minitel 2.0.
Si je devais remettre en forme ces raisons sous forme d’une liste, ça donnerait :
- Vouloir un web vivant, fait par des gens et non controllé par des algo et IA. Pouvoir avoir son espace.
- Vouloir un web amusant, créatif, diversifié, un monde immense où on peut découvrir des tas de choses incroyables. (je mets la nostalgie dedans : c’est vouloir retourner à ce qui nous amusait dans le web)
- Vouloir respirer, parce que punaise qu’est-ce que les réseaux sociaux sont anxiogènes
- Vouloir faire plus éthique, plus écologique, plus accessible, moins corporate.
Et pour moi, c’est aussi une réponse au web3. (y’en a même qui commencent à parler de web4 avec l’IA jpp). C’est une tentative d’amener le web vers quelque chose de différent, mais qui ne consiste pas en chercher The Next Big Thing™. Le web3 identifiait certains des soucis du “web 2.0” (comme tout le monde) dans sa concentration en quelques méga-corporation. (Ce qui avait été appelé par Benjamin Bayart le Minitel 2.0), mais y répondait par une surenchère technologique, par une solution qui ne servait qu’à vendre leur merde, la cryptomonnaie et la blockchain. Le “web3” se disait centralisé, mais aurait transformé le web en une immense place de marché, vide de créativité et de vie comme les NFTs qu’il tentait de vendre. Et cette tentative n’était pas la seule. En cherchant un peu “web4” / “web 4.0” je vois des gens qui en parlent pour l’internet des objets, pour l’IA… Dans tous les cas, y’a cette idée d’une “prochaine itération du web centré sur une évolution technologique qui est la nôtre, celle qui nous fera de la thune”.
Et pour moi, le Web Revival répond aussi à ça. Parce qu’en fait, tous les web3/3.0, web4/4.0, etc. ne répondent pas au véritable plus gros soucis du “web 2.0” : son côté corporate, qui n’est pas fait pour que des gens communiquent, mais pour rapporter le plus d’argent au “Venture Capitalism”. Au fond, tous ces web3 ont la même approche que les précédant : tenter de trouver la technologie qui va “disrupter” tous les anciens business.
Et c’est en cela que le Web Revival est profondément différent. Il est plein de but, d’objectifs et de volontés différentes, mais existe par un amour du web, de ce qu’il peut apporter ou offrir. Il n’existe pas pour vendre une technologie, pour hyper, mais pour créer, pour s’exprimer ou permettre de s’exprimer. Même les services commerciaux qui en font partie ne sont pas dans l’esprit “startup qui va révolutionner le monde”. Non c’est des gens qui fournissent un service et sont rémunérés. Dans sa myriade de service, communautés, sites, esthétique et mouvements, le Web Revival à ce point commun : créer ce web vivant et dynamique.
Conclusion
Je pense qu’un des principes de l’IndieWeb (un des mouvements faisant partie du web revival) résume bien un des points que j’aime bien du mouvement web revival dans son ensemble :
Des principes plutôt que de se centraliser sur un projet. D’autres supposent un monoculture d’un projet pour tout le monde. Nous développons une pluralité de projets. La communauté IndieWeb à un code de conduite.
C’est je pense ce qui est très intéressant dans la globalité du web revival : ce sont des tas de projets, de mouvements, etc. différents, mais avec des points communs. Si tout le monde n’est du coup pas d’accord sur les points exacts de leur web idéal, je trouve que ces différentes visions et projets sont tous intéressants. Je dirais même que justement, leur différence sont ce qui est intéressant du coup, parce qu’elles sont aussi un reflet de ce qu’est le web : le web n’est pas une solution centralisée, n’est pas une monoculture comme aimeraient les corporations ou les partisans du web3. C’est un univers riche et varié.
Cette diversité conduit à des sites du coup très différent, par exemple ce site a des visées “web revival”, mais j’ai un design différent qu’auront pleins de site parce que j’ai fait le choix d’avoir quarante-douze en plutôt flat et minimaliste. La centralisation du web, le “minitel 2.0”, était un souci.
Il est logique que la réponse à ça ne soit pas unique.
Miniature : A small village green, Filkins, par Nick Smith