Un mouvement s’est formé depuis l’arrivée du gouvernement Trump de boycott des entreprises américaine, et notamment d’un certain subreddit qui a donné un mouvement : “BuyFromEU”. Le boycott est plus large, il y a un équivalent Canadien, et un mouvement global de boycott de la “Big Tech” de part ses liens étroits avec le gouvernement US (notamment de nombreuses entreprises de tech ont donné à Trump et tout). Ce mouvement à pas mal gagné en ampleur, se retrouvant dans les médias, causant le fait d’afficher dans certains magasins de certains pays les produits venant d’Europe, etc.
Si le concept semblait partir d’une "bonne intention" (ne pas financer le gouvernement fasciste US), je trouve qu’il possède de nombreux soucis et angles morts qui le rendent très problématique. Je vais parler dans ce cas surtout de ce que ça donne dans mon domaine de compétence : la technologie et les logiciels, mais également de considérations plus générale sur le tribalisme et les risques nationaliste que cela provoque.
Bref : voici mes soucis avec “BuyFromEU”.
Le concept du mouvement
L’idée autour du mouvement est simple : essayer d’acheter le plus possible européen plutôt qu’américain. Cependant c’est ensuite que tout devient plus compliqué.
Mais tout d’abord, je pense que y’a pas que du mauvais dans l’idée autour du mouvement, et qu’en soit il est bien de chercher à consommer plus local. Tout d’abord pour des raisons écologiques (les produits ont moins de trajet à faire), puis ensuite pour des raisons d’éviter de construire des monopoles, en dispersant plus ce qu’on achète et en achetant plus proche. Même s’il est très difficile d’avoir une consommation éthique dans un monde capitaliste, éviter de regrouper toute la puissance dans quelques mégacorporation est je pense tout a fait souhaitable.
De plus, je comprend également le fait de vouloir éviter les entreprises américaines, notamment après que la tech se soit placé de manière très large derrière Trump (et que beaucoup d’entreprises s’inquiètent plus des mouvements économiques plutôt que du fascisme du gouvernement des US). Bref, tout ça fait que ouais, j’avoue que perso aussi, acheter du Coca, utiliser Google, etc. ça me donne pas envie. Cela me fait encore plus réfléchir à ce que j’achète.
Surtout que ce genre de boycott s’additionnent avec d’autres : il y avait déjà un mouvement de boycott de Musk, qui a eut de l’effet puisque Tesla a perdu environs 45% de ventes en Europe. Je pense qu’à cela, commence aussi un peu un de Zuckerberg, qui est devenu le second fan numéro 1 de Trump (et qui se rêve surement comme ayant les graces de Trump à la place de Musk, même si je pense que Zuck sera plus malin et évitera de prendre aussi sa place de “tout le monde vois qu’il fait partie du soucis”). Bref, voir les connards se prendre des soucis pour leur soutiens au fascisme est aussi quelque chose de plutôt positif. De plus, on peut rapprocher ça d’autres boycott, comme celui BDS contre la colonisation de la Palestine par Israel.
Un dernier côté que je trouve positif est que beaucoup de gens y disent “c’est un marathon, pas un sprint”, et conseillent d’y aller progressivement. Et c’est pas mal ça.
Bref j'ai dit que j'étais pas contre de boycotter des trucs. Où est le soucis du coup ? Oh well, y'en a un certain nombre.
Les limites du mouvement
Je pense que c’est cependant un mouvement qui atteint très vite ses limites, parce qu’il n’est basé que sur . Cela conduit à pour moi trois soucis principaux :
- De très mauvaise recommendation sur certains aspects, basé sur une vision simpliste
- C’est basé sur une vision tribale à la manière de celle de Trump, qui ignore tout les soucis de l’europe
- C’est un mouvement super récupérable par les arnaqueurs.
Et on va du coup voir ces trois soucis, et ce qu’ils provoquent selon moi.
Une vision simpliste du monde
Le soucis de prendre “est européen” en premier critère est que du coup on peut laisser de côtés d’autres importants tel que la vie privée, tout en sortant de vague “les données sont en europe donc c’est mieux” (oui, la RGPD existe, mais dans les faits, y'a des gros risques que les gouvernement européen aussi fassent n'importe quoi).
Je pense là notamment à toute les recommendation autour de Signal. Signal est la messagerie instannée la plus sécurisée disponible actuellement, mais c’est une Fondation US. Et même si Signal à la meilleur encryption pair-à-pair, bien des gens sont dans l’optique que “s’ils sont américain ils peuvent voir nos messages” (même si c’est techniquement faux). Et du coup cela donne des recommendations vers des applications qui posent d’énorme soucis de sécurités, tel que par exemple Session, qui supprime des éléments important de Signal et a plusieurs soucis. Idem, je vois pleins de recommendation pour Skred… qui est une application XMPP complètement fermée, et qui est assez vague sur ses technologies de chiffrement, ce qui me donne pas trop confiance pour être honnête.
Bref, même si Signal est dépassable, ce qui m’inquiète est que des solutions moins sécurisée sont mise en avant. D’ailleurs, honnêtement je n’ai pas forcément plus confiance à des corporations d’Europe sur le terme de la vie privée, parce que bon des pays européen tentent constamment de briser ça, et ce malgré le danger que cela représenterait pour les minorités si l’ED arriverait au pouvoir.
Le fait de se concentrer sur une vision protectionniste du “Europe = bien ; USA/Chine = pas bien” fait que le mouvement est pleins d'angles morts, notamment même sur la notion “d’origine du produit”.
En tant que quelqu’un qui a passé du temps dans le mouvement du libre, la manière dont le mouvement gère l’origine des logiciels est souvent un peu ignorante. Souvent, elle se base sur “où se trouve la fondation” pour dire qu’un logiciel est de tel ou telle origine. Firefox est donc décrié parce qu’américain, mais LibreWolf qui n’est qu’un repackaging améliorant la vie privée (même si je le soutiens) est EU ? La Document Foundation est allemande, donc LibreOffice serait allemand ? Idem, dire que Mastodon est un logiciel “allemand” n’a aucun sens (surtout que le fedivers est tout autour du monde). Le soucis de tout ça est que cela manque en grande partie que certains logiciels sont fait par des volontaires et personnels payés du monde entier. C’est là où on arrive face à un soucis : pour plein de pays le mouvement devient très arbitraire.
"Fait en europe" dans pleins de cas, ça n'a pas de sens, c'est fondé sur une vision nationaliste, pro-frontière des choses. Autant je comprend de vouloir boycotter les produits des US, autant cet aspect m'embête, et surtout vire parfois complètement en "europe forte, USA nul", avec des memes parfois dignes de ce que des maga posteraient (et beaucoup de reprise du "make ____ great again"). Y'a un risque de virer à un "nationalisme européen" qui ne va rien aider.
Et le dernier blind spot pour moi est tout simplement qu’on a des entreprises tout aussi maléfique chez nous. Je veux dire, okay Spotify c’est en Europe, mais ça héberge des podcast nazi, ça donne à l’élection de Trump et ça plonge dans son modèle capitalisme de merde. Nestlé, est-ce que j’ai besoin d’expliquer pourquoi fucking Nestlé c’est de la merde qui rend le monde pire ? Le machin ça veut contrôler le monde et tout ce qu’on bouffe. De plus, je vois régulièrement des postes dire globalement qu'il faut un Meta/X européen, et que faut du coup pas trop de modération, ou des trucs du genre. Non merci, c'est pas parce que y'a un flag EU sur exactement les mêmes trucs que les US que ça ira mieux.
Bref, je pense que ce dernier trucs est l’un des plus dangereux pour moi : si c’est juste pour faire exactement les mêmes entreprises dystopique et/ou startup promettant la Lune, mais juste avec un gros EU dessus, sans façon. Et même si ce n'est pas tout le monde, c'est suffisamment présent pour m'inquiéter un peu, et me faire dire que faut une vrai considération éthique plutôt que juste géographique.
Le tribalisme
Ce qui m’inquiète aussi beaucoup, c’est que ce mouvement peut facilement partir dans du tribalisme. Chez certaines personnes, on arrive souvent à l’état d’esprit que j’ai dit “Europe = Bien ; Autres pays = Pas bien (sauf quelques alliés)”. Et cette vision tribale du monde, basée sur les pays, où on essentialise chaque personne basé sur leur pays est assez problématique.
Parce que je vais rappeller un point : même si les actions de Musk et Trump font du mal au monde entier, les premières victimes sont américaines. Ce sont les gens qui se font déportés aux USA, ce sont les LGBTs qui sont en danger avec les monstres qu’il y a au gouvernement, ce sont tout les pauvres qui vont être victime de l’hypercapitalisme de Trump. Et même si une grosse proportion de la population qui a voté Trump (bien trop, et cela montre la puissance de la propagande d'extrème droite), ce ne sont pas “les américain” qui l’ont choisi. Ce “le peuple” à élu tel président est constamment un mythe entretenu par la démocratie libérale bourgeoise, mais dans les faits tout président élu ne l’est rarement par toute la population, et même si ça l’était, il faut se rappeller que dans “les américains” il y a toute les victimes de la politique de Trump. Ça m’embête un peu quand dans une posture de tribalisme on met dans le même panier le fasciste et ses victimes. Les personnes queers, racisé.es, handicapé.es etc. Et je préfère soutenir ces personnes plutôt que des facho européen, merci bien.
Surtout que bon, parlons un peu de l’europe oui. L’extrême droite est en hausse, la propagande venant de la grosse coalition des fachos du monde entier les fait monter de ouf, et ça fait que dans la plupars des pays ils sont dans les premiers. L’empire de Bolloré en France est dédié corps et âme à faire monter les partis d’extrême droite, y'a le truc euronews ou un truc du genre controllé par un proche d'Orban, etc. Je rappelle aussi qu'on est très prêt à laisser crever les migrants à la frontières, que les transphobes sont au parlement et que là récemment plusieurs pays de notre Europe si tellement-plus-mieux veulent casser le chiffrement.
Les capitalistes sont pendant ce temps en train de taper sur la moindre petite once de redistribution des biens, dans la bonne vieille optique du “plutôt Hitler que le Front Populaire”. Marine Le Pen a été condamnée à de l’inégilibilité même pas pour ses propos rance mais parce qu’elle avait détourner des tonnes de flouz, et t’as la Société Protectrice des Faf qui est de sortie “olala c’est un peu politique” ou “oui mais le peuple”. Mais FUCK quoi. Elle a utilisée son poste de pouvoir pour s’enrichir et mettre en place tout un montage financé, elle avait voté pour cette peine automatique d’éligibilité, bah tant pis pour sa gueule, elle l’a mérité. Et pendant ce temps là, nous aussi on a une grosse partie de la population a voté pour ça. Et là je pense que biens des européens se sont dit “oui mais chez nous c’est la propagande qui fait ça”… mais aux US aussi, donc pour moi jouer à détester les pays est une vision peu politisée et tribaliste.
Dans ce tribalisme, on est inquiet pour une “montée de l’extrème droite” chez nous (comme si elle arrivait toute seule), mais “les américains ont voté Trump, ils l’ont mérité”. Je pense que dans ce cadre, il peut être intéressant de ramener la super vidéo de Hacking Social sur l’Erreur Ultime d’Attribution. S'il y a des problèmes inhérant à la structure de la société US (tel que la puissance des évangélistes, leur système encore plus hypercapitaliste, etc), il faut avoir un regard critique de nos société, et avoir une dimension véritablement politique. L'extrême droite ne monte pas toute seul : c'est un pari politique des élites, c'est même les centristes qui aident ça.
Donc ouais, ne nous sentons pas nous européen supérieurs aux autres, et faisons dans ce genre de mouvement attention à pas virer en tribalisme. Surtout que dans le mouvement, j'en vois beaucoup qui pourraient viré trumpiste facilement, tout ceux qui sont juste dans le mood de faire ça en "colère contre les tariff", tout ceux qui sont prêt à soutenir des entreprises d'extrème droite parce que "européennes".
Les grifteurs sont de sorties
Et le dernier point est le plus classique : les grifteurs sont de sortie. En observant le mouvement, j’ai vu que pas mal de startups tentaient d’en profiter pour faire leur publicité. J'ai vu plusieurs grifteurs qui à fond tentaient de présenter leur plateformes comme "européenne", genre une plateforme de vente de laptops reconditionné s'appellant "EULaptop". Et c'est un des trucs que je vois utiliser : profiter de ça pour utiliser EU comme un buzzword.
J'ai vu aussi une "alternative à WordPress" pleine de buzzwords avec une licence posant pas mal de soucis (en gros, façon Elastic, genre on fait de l'open-source pour récupérer les contribution mais pour nous utiliser commercialement faut nous payer nous - pas les contributeurs) qui d'un coup se reprend en "on est européen" quand y'a eut le mouvement.
Y’a également eut un subreddit pour les “startup européenne”, et y’a eux pleins de petites tentatives de pubs plus ou moins cachée. Bref, le paradis des pseudo-entrepreneurs, ceux qui font parti du problème.
Conclusion : Que veut être le mouvement ?
Ce mouvement speedrun les soucis de la plupart des mouvements venant d’internet, avec des disputes internes, les drama, les grifteurs qui se ramènent.
On a plusieurs visions extrèmement opposée dans le mouvement. Parce que je vais mettre une petite limite à tout ce que j’ai dit : On peut voir que déjà beaucoup de personnes dans le mouvement eux-même remettent tout ça en doute. C’est un débat à l’intérieur même du mouvement, de “soutenir Européen à tout prix”. Dans le subreddit sur le sujet, déjà des tas de gens disent “ouais non on va rester sur Signal ça fait plus sens” ou “Nestlé c’est non”. Et ça je pense que c’est sain. Cela n’efface pas les soucis dont j’ai parlé, mais cela fait que je pense qu’on peut atteindre quelque chose de mieux qui va nous aider, et que beaucoup des gens vont pratiqué une forme hybride, raisonnée, plus fondé sur l’éthique plutôt que sur “USA=pas bien, Europe=trop bien”. Le soucis c'est que c'est loin d'être toute la norme, et y'a des gens très actifs qui poussent complètement à une sorte de protectionnisme européen qui vire à droite toute.
Tout ça qu’il ne sait pas totalement ce qu’il veut être. Certains le voient comme une manière d’affaiblir le pouvoir des USA, d’autres le voit comme une manière de renforcer le commerce interne aux Européen. Certains, je suspecte, vois ça comme une manière de s’adonner à du consumérisme en se pensant militant : on achète donc on se sent bien parce qu’on pense avoir “aidé la cause”. Et beaucoup le sont dans une sorte de "patriotisme", qui va sans doute faire mal virer le mouvement. Je pense que pour gagner en maturité, le mouvement à besoin de se diriger vers des côté plus sain. Moins acheter quand ce n’est pas nécessaire, ne pas réfléchir de manière binaire, etc. Et acheter selon ses convictions et capacités. Si le boycott est une arme tout a fait légitime, juste “acheter européen” n’est pas une solution, surtout si on surconsomme. Mais le boycott d'un pays comettant des crimes n'est pas insensé (j'évite moi-même d'acheter US quand je peux, en vrai, parce que je suis inquiet que Trump va rendre le monde extrèmement pire pour tout⋅es les adelphes) et je suis d'accord avec boycotter autant que possible les pays dirigés par l'extrème-droite (dans une certaine mesure, je suis pour aussi tenter de financer ceux qui s'oppose à ces gouvernements).
Mais cela ne doit pas être fait dans un état d'esprit de haine envers les populations, mais dans une volonté sérieuse de jarter leurs gouvernements, pour que soit mis en place de meilleur systèmes.
Mais en soit, tant qu'il restera dans cette volonté un peu meme-esque de "oh europe forte le reste pas bien", ça ne risque pas d'arriver.
Et surtout le premier truc à faire, c’est de vraiment lutter contre l’extrème droite. Lutter contre la désinformation, lutter contre la montée des fachos, etc. S'organiser, partager l'information, ne pas laisser la "post-vérité" se faire. Et la lutte contre le fascisme doit se faire de manière internationale, et doit être fait contre tout les gouvernemnts qui oppriment, contre tout les groupuscules d'extrème droite qui entretiennent la haine, et pas dans une doctrine de "les gentils pays contre les méchants pays".
Bref : ce mouvement n'est pas une solution. Boycotter fortement les pays qui font du mal, je suis pas contre... Mais derrière si c'est ça tente trop d'être apolitique et sans réflexion plus poussée, ça ne sert à rien, qu'à être du patriotisme à la con.
Ce que je fais
Mais comme je ne veux pas ici critiquer sans proposé, j'aimerais finir par ma propre manière de faire :
- Je tente de ne pas acheter ou utiliser les services d'entreprises soutenant Trump ou toute forme d'extrême droite, quel que soit leur nationalité, ainsi que la "Big Tech"
- Je privilégie autant que possible d'acheter, soutenir ou utiliser les services d'indépendants, de personnes queer, de ceux qui aux US tentent de combattre le fachisme et l'impérialisme.
- Je privilégie le local autant que possible, et j'évite quand je peux d'acheter aux grosses boites US quand je peux
- Je ne réduit pas à ça mon engagement politique, je lutte aussi pour contre l'extrème-droite via ce genre d'articles, mais aussi au quotidien IRL via des actions politiques. Parce que "voter avec le portefeuille" ne suffit pas, comme voter dans les urnes ne suffit pas.
A noter qu'on est jamais parfait, et que je ne dis pas qu'il faut faire tout ça. Le monde est overwhelming, surtout quand on fait partie des oppressé. Mon but avec ce passage n'est pas de dire que vous faites pas assez. Surtout si vous êtes queer, racisé.es, handi, etc.
Survivre est déjà est important, et faites attention au burn-out militant.